Nazaria Ignacia Marchi Mesa
Religieuse, Fondatrice, Bienheureuse
1889-1943

Nazaria Ignacia naquit le 10 janvier 1889 à Madrid en Espagne, quatrième de dix enfants. A neuf ans elle fit sa Première Communion ; c’est ce jour-là qu’elle s’entendit appeler pour la première fois : “Quelqu’un” lui dit: “Nazaria, suis-moi”, à quoi elle répondit de tout son cœur : “Je te suivrai, Jésus, le mieux que puisse le faire une créature humaine”.

Avec les années, cet appel se fit plus insistant, en même temps que la petite fille s’épanouissait et semblait vouloir jouir de la vie. Mais elle resta généreuse et répondit “oui”.

Des difficultés économiques s’abattirent sur la famille, et Nazaria s’employa à aider les siens, même au prix de quelques humiliations. On dut émigrer au Mexique. Il se trouva que sur le même bateau voyageaient des Religieuses, les “Sœurs des Vieillards abandonnés”, coïncidence qui fut sans doute le prélude de son entrée chez elles, plus tard en 1908.

Elle rentra en Espagne pour y faire son noviciat et, en 1912, elle part avec neuf compagnes en Bolivie, pour y fonder une maison à Oruro. Pendant plus de douze années elle forma une partie de la communauté des Sœurs, toute donnée aux œuvres de charité propres à l’Institut, en contact direct avec les vieillards, qu’elle regardait comme les membres souffrants du Corps du Christ. Elle parcourut bien d’autres villes, d’autres milieux, quêtant des aumônes pour ses petits vieux. C’est là qu’elle perçut de façon spéciale que “la moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux” (Lc 10:2) et que le cri des pauvres arrivait au ciel et en attendait une réponse adéquate.

Durant les Exercices Spirituels de Saint Ignace de Loyola, en 1920, il y eut une méditation sur le Règne du Christ, et Nazaria y vit tout tracés ses idéaux de travailler de toutes ses forces à l’unité et à l’extension du Règne du Christ ; et comprenant que, seule, elle ne pouvait pas faire grand-chose, elle ressentit un immense désir de regrouper d’autres personnes “sous l’étendard de la Croix”, concevant la Congrégation religieuse comme “une croisade d’amour à travers l’Eglise”.

En 1920, tandis qu’elle accompagnait les Religieuses du Bon Pasteur qui cherchaient une maison pour s’installer à Oruro, elle arriva au Beaterio de las Nazarenas (ancienne propriété des Jésuites, expulsés en 1767), qui lui inspira un intérieur sentiment de dégoût et l’envie d’en sortir promptement, à cause de l’aspect d’abandon misérable qu’elle y voyait. Mais là, dans l’église, elle entendit Jésus de Nazareth qui lui disait : “Nazaria, c’est toi qui fonderas, et cette maison sera ton premier couvent.” Pendant plusieurs années, elle se battit contre ses angoisses pour donner vie à la prédication de l’Evangile ; et par sa particulière intuition du mystère de l’Eglise, elle en arriva à fonder une nouvelle famille religieuse.

La situation de la Bolivie était bien particulière à cette époque. Beaucoup d’églises locales naissaient, mais on manquait de prêtres ; pas de Congrégations religieuses locales non plus ; sectes laïques qui luttaient contre l’Eglise catholique ; et par-dessus tout cela une pénible réalité économique, politique et sociale. A tout cela, Nazaria voulut donner une réponse audacieuse.

Elle fut aidée en cela par le premier évêque de Oruro, Mgr Antezana, par l’évêque de La Paz, Mgr Sieffert, et par le Nonce apostolique en Bolivie, Mgr Cortesi. Ils virent en elle l’action de l’Esprit Saint et épaulèrent fortement c nouveau bourgeon de la vie de l’Eglise.

Le 16 juin 1925, Nazaria quitte les Sœurs, pour commencer au Beaterio la fondation de la nouvelle Congrégation, avec pour tout capital 40 centimes que lui remit l’ancienne abbesse des Nazarenas. Elle avait pour compagnes dix jeunes boliviennes, avec lesquelles elle commença les premières activités missionnaires dans les mines, entre autres Uncía, puis Toledo, Condo, Challapata et Poopó.

Le 12 février 1927 la Congrégation fut érigée canoniquement, de droit diocésain, sous le nom de “Sœurs Missionnaires de la Croisade Pontificale”, première fille légitime de l’Eglise Bolivienne”, comme le dit Mgr Antezana. Le 8 juin 1935, la Congrégation reçut le Décret de Louange, devenant de droit pontifical. Le 9 juin 1947 ce sera l’approbation définitive, avec l’appellation de “Missionnaires Croisées de l’Eglise”, quand Nazaria était déjà décédée depuis quelques années.

D’après les Constitutions, écrites par la Mère Nazaria Ignacia, “l’Institut doit réaliser l’action sociale de la femme, avec la plus grande perfection possible, ayant pour fin principale la diffusion du catéchisme parmi les enfants et les adultes et retient pour sa caractéristique principale d’être reconnu pour sa particulière union avec le Saint Père”.

C’est ainsi que, en esprit de fidélité à leur église, à leur peuple, à leur époque, les filles “pontificales”, sous l’impulsion et l’exemple de la Mère Nazaria Ignacia, se dévouèrent aux petites filles abandonnées, aux prisonniers, à la catéchèse en paroisse et dans les casernes, préparant les visites pastorales dans les mines et les campagnes. Elles recherchaient la promotion de la femme, par la professionnalisation et la défense de leurs droits, en fondant en Bolivie le premier “Syndicat des ouvrières” de l’Amérique Latine. Ce fut la “Ligue catholique des Dames Boliviennes”, dont la fin était l’amélioration religieuse, morale, culturelle et économique de la société bolivienne, spécialement des classes pauvres et ouvrières. Et pour accompagner ce programme, elles firent des publications qui aidaient à comprendre la place qu’elles occupaient dans la société et l'Eglise.

Le 10 décembre 1938 se fonda à Buenos Aires (Argentine) une Association de Demoiselles sous le nom de “Pierres Précieuses Pontificales du Pilier”, dont le but était de les former à travailler ensuite dans l’Action Catholique. Puis vinrent beaucoup d’autres œuvres, trop longues à décrire ici : Ateliers et Ecoles pour les petites filles pauvres du peuple, toujours avec ce même but de la promotion de la femme. Pour aider les ouvriers et les chômeurs, elles se privaient de leur propre pain, elles mendiaient pour eux, organisaient des Associations : “Tables populaires”, “Marmites du Pauvre”… Là,  outre la nourriture, on cherchait avec eux une solution à leurs problèmes. Il y eut la création d’un “Foyer des Pauvres”, pour y recevoir les plus pauvres et les délaissés, qui y terminaient leurs jours, ou les petites filles paralysées, démentes et aveugles, démunies de tout secours, ou aussi les vieilles dames devenues inhabiles, handicapées et aveugles, qui avaient besoin de toutes sorts d’aides pour vivre les derniers jours de leur vie sur terre. Autre préoccupation de la Mère et de ses Sœurs fut leur soin extrême pour les jeunes et l’union des familles. Enfin, elles recherchaient l’unité des chrétiens, s’employant de toutes leurs forces à ce qu’il n’y ait qu’un seul troupeau et un seul Pasteur.

Dès les dix premières années, la Congrégation était présente en Bolivie, Argentine, Espagne et Uruguay. En Bolivie, elles étaient à Cochabamba, La Paz, Potosí et Santa Cruz, répondant aux appels des situations locales. En temps de guerre, elles laissèrent leurs couvents pour soigner les blessés dans les “hôpitaux de sang” ; puis elles s’occupèrent des orphelins de guerre, qu’elles considéraient comme les membres de leur propre famille.

Mère Nazaria Ignacia mourut à Buenos Aires (Argentine) le 6 juillet 1943, laissant grande réputation de sainteté. Ses restes furent transportés à la Maison Mère de Oruro (Bolivie), selon son désir, le 18 juin 1972.

Elle a été béatifiée en 1992 et on la fête le 6 juillet.

Lors de l’annonce de la béatification, le Nonce Apostolique disait : “Je ne doute pas que ce premier fruit de sainteté en terre bolivienne n’ouvre la route à beaucoup d’autres âmes qui suivront l’exemple de Mère Nazaria, véritable prophète de la nouvelle évangélisation”.

Bruno Kiefer, prêtre

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