CHAPITRE XII

FIANCAILLES MERVEILLEUSES DE CATHERINE AVEC LE SEIGNEUR QUI L'EPOUSE DANS LA FOI ET LUI DONNE POUR GAGE UN ANNEAU MIRACULEUX.

L'âme de notre sainte croissait, chaque jour, en la grâce de son Créateur. Elle volait plus qu'elle ne marchait dans le chemin de la vertu. Son cœur s'éprit du saint désir d'avoir et d'atteindre le degré parfait de la foi, afin que, par ce moyen, immuablement soumise à son Époux, dans une inviolable fidélité, elle lui devint encore plus agréable. A l'exemple des disciples ( Lc, 17,5)1, elle se mit donc à demander au Seigneur qu'il voulût bien lui donner une foi plus grande, si solide que nulle force contraire ne pût la briser et l'abattre. Elle entendit alors dans son âme cette réponse du Seigneur : " Je t'épouserai dans la foi. " Souvent et longtemps la vierge répéta la même prière, et toujours le Seigneur renouvelait la même réponse.

On était aux jours qui précèdent le carême. Au moment de cesser l'usage de la chair et des aliments gras, les fidèles célèbrent alors une fête toute mondaine qu’on pourrait appeler "la fête du ventre ". Notre sainte, recueillie dans le secret de sa cellule, cherchait, dans le jeûne et la prière, le visage de l'éternel Epoux, et répétait avec une grande ferveur et plus d'instance que jamais la prière que nous avons dite. Le Seigneur lui répondit : " Tu as rejeté loin de toi et fui à cause de moi toutes les vanités de ce monde; méprisant toutes les délectations de la chair, tu as mis en moi seul le plaisir de ton cœur. Voilà pourquoi, en ce temps, où toutes les autres personnes de ta maison sont à la joie de leurs festins et fêtent leur corps, j'ai voulu, moi aussi, célébrer solennellement avec toi la fête des épousailles de ton âme. Ainsi que je te l'ai promis, je veux t'épouser dans la foi. " Le Seigneur parlait encore, quand apparurent la Vierge, sa très glorieuse Mère, le bienheureux Jean l'Évangéliste, le glorieux Apôtre Paul, le très saint Dominique, Père de la religion à laquelle appartenait Catherine, et avec eux tous, le Prophète David ayant en main son harmonieux Psaltérion. Pendant que cet instrument résonnait sous les doigts du saint roi, avec une suavité qui dépasse toute imagination, la Vierge, Mère de Dieu, prit avec sa main très sainte la main de notre vierge, en étendit les doigts vers son Fils et lui demanda qu'il daignât épouser Catherine dans la foi. Le Fils unique de Dieu, faisant un signe tout gracieux d'assentiment, présenta un anneau d'or, dont le cercle était orné de quatre perles, et dont le chaton renfermait un diamant d'incomparable beauté. Avec sa main droite, il mit cet anneau à l’annulaire de la main droite de notre vierge et lui dit : "Voici que moi, ton Créateur et ton Sauveur, je t'épouse dans une foi que tu conserveras sans aucune atteinte " jusqu'au jour où tu célébreras, dans les cieux avec moi, des noces éternelles. Courage donc, ma fille, accomplis désormais virilement et sans aucune hésitation toutes les œuvres que l'ordre de ma Providence te remettra entre les mains. Parce que tu es armée de la force de la foi, tu triompheras heureusement de tous tes adversaires. Après ces paroles, la vision disparut, mais l'anneau resta toujours au doigt de Catherine, visible pour elle seulement, invisible pour les autres. Elle m'a confessé, en rougissant, qu'elle voyait toujours cet anneau à son doigt, et qu'il n'était pas de moment où elle ne l'aperçut.

Et maintenant, lecteur, si vous vous rappelez cette autre Catherine martyre et reine, qu'on dit avoir été épousée par le Seigneur après son baptême, comprenez-vous que vous avez ici une seconde Catherine, vraiment bienheureuse d'avoir été si solennellement épousée par ce même Seigneur, après tant de victoires sur la chair et sur l'ennemi. Que si vous considérez les détails de l'anneau, vous verrez comme ce signe répondait bien à la réalité qu'il signifiait et symbolisait. Catherine demandait une foi forte; quoi de plus fort que le diamant. Il résiste à toute dureté, il brise et ronge les corps les plus durs, et n'est brisé que par le sang de bélier (Cette affirmation, empruntée aux idées populaires du temps, est d'un symbolisme trop gracieux pour que nous reprochions au Bienheureux de n'en avoir pas contrôlé la vérité, avant de s'en servir.). Le cœur qui vit de la foi abat et surmonte dans sa force, tout obstacle; mais, au seul souvenir du sang du Christ, il est tout amolli et brisé. Les quatre perles de l'anneau désignent les quatre puretés de la vierge, pureté d'intention, de pensée, de parole et d'action. La vérité de tous ces symboles, déjà manifestée par ce que nous avons dit, apparaîtra mieux encore dans ce que nous dirons plus loin, avec la grâce de Dieu.

Pour moi, je pense que ces épousailles ont été la confirmation en grâce de l'âme de Catherine. Le signe de cette confirmation était cet anneau visible pour elle, et non pour d'autres. C'est ainsi que, devant procurer le salut d'un grand nombre d'âmes, au milieu des flots agités du monde, elle put avoir pleine confiance dans le secours de la grâce divine, et n'eut plus à craindre de faire naufrage, en arrachant les autres aux vagues. En effet, d'après l'avis et l’enseignement des saints Docteurs, quand le Dieu tout-puissant, par un privilège tout spécial, révèle dès cette vie à certaines âmes, qu’elles Lui sont agréables, c'est surtout parce qu'il veut les envoyer combattre contre ce siècle mauvais, pour l'honneur du nom divin et le salut des âmes. Nous en avons un exemple manifeste dans les Apôtres, qui, au jour de la Pentecôte, reçurent tant de signes de la grâce qui leur était concédée, et dans Paul, auquel il a été dit: "Ma grâce te suffit (1 Co 12,9) " et qui reçut, dans l'intérêt de l'humanité, d'autres assurances encore. Notre sainte, en vertu d'une mission qui la mettait en dehors de la condition des autres femmes, devait, elle aussi, aller au monde pour l'honneur de Dieu et le salut de beaucoup d'âmes, ainsi que nous l'expliquerons tout à l'heure, avec la permission du Seigneur. Elle reçut en conséquence un signe de sa confirmation en grâce, afin d'accomplir plus audacieusement et plus virilement les œuvres que Dieu lui confiait. Cette grâce eut cependant pour elle un caractère tout particulier. Les signes donnés aux autres furent transitoires et n'ont apparu qu'un moment. Celui qu'elle reçut fut permanent et stable; il était toujours sous ses yeux. Je pense que le Seigneur en a agi ainsi à Cause de la faiblesse du sexe de notre sainte, de ta singulière nouveauté de sa mission, et des dangers particuliers à notre siècle, toutes choses qui semblaient s'opposer à l'exécution des œuvres mandées par Dieu à Catherine. Elle avait donc besoin d'être davantage et plus constamment réconfortée dans ses saints travaux.

Enfin apprenez, lecteur, qu'ici je dois finir la première partie de cette histoire, puisqu'ici finit pour notre sainte la vie de silence et de clôture. Avec le concours du Seigneur, nous allons commencer la seconde partie. Elle contiendra tout ce que Catherine a fait parmi les hommes pour l'honneur de Dieu et le salut des âmes, alors que, dans tous ses actes, régnait toujours Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, avec le Père et l'Esprit bienfaisant, vît et règne dans les siècles des siècles.

Ainsi soit-il.

AVIS

Ainsi que nous t'avons signalé dans notre avant-propos, le bienheureux Raymond n'a pas souci de raconter dans un ordre chronologique toute la vie publique de la sainte. En un donnant ici un résumé très sommaire, nous croyons être utile au lecteur, qui n'aurait pas à sa disposition d’histoire complète de sainte Catherine.

C'est probablement au carême de 13117 que Catherine a été fiancée à Notre-Seigneur et appelée à l'apostolat. Elle avait alors vingt ans. De 1367 à 1372 elle acquiert par ses miracles et ses œuvres de charité une grande influence à Sienne elle groupe autour d'elle de fervents disciples et fait régner la paix du Christ dans un grand nombre d’âmes malgré les révolutions incessantes qui, à cette époque, désolent la cité et tout le pays de Sienne.

De 1372 à1376. - Elle reçoit comme confesseur le bienheureux Raymond, écrit aux légats envoyés d’Avignon pour le gouvernement des domaines de l'Église en Italie et voit son influence grandir et s’étendre à la suite des guérisons miraculeuses qu'elle opère sur les victimes de la peste - Elle entre un correspondance avec le Pape Grégoire XI et fait un premier voyage à Pise sur l'invitation de Pierre Gambacorti, puissant seigneur de cette ville. C'est à Pise qu'elle reçoit les stigmates, et c'est à cette époque quelle écrit aux princes et aux chefs militaires tes pins un vue de la chrétienté pour leur prêcher la croisade. - Au lieu de se liguer pour la croisade, les cités italiennes, à l'instigation de Florence et de Milan, se liguent pour faire la guerre au Pape. - Catherine, rentrée à Sienne, est envoyée par Grégoire XI à Lucques et à Pise dont elle obtient la neutralité.

En 1176, Catherine se rend à Avignon, déléguée par Florence pour obtenir la paix du souverain Pontife. La duplicité des Florentins fait échouer les négociations; mais la sainte décide Grégoire XI à ramener à Rome la cour pontificale. Tous deux quittent Avignon en septembre et se dirigent vers l'Italie par des chemins différents. Ils se retrouvent à Gênes, où Catherine triomphe une dernière fois des hésitations du Pape, qui allait retourner à Avignon. Elle revient à Sienne pendant que te Souverain Pontife part définitivement pour Rome.

De 1377 à 1380. - Ambassade de Catherine à Florence racontée au chapitre VI de la troisième partie.- Mort de Grégoire XI. - Élection d’Urbain VI. - Commencement du grand schisme d'Occident. - Notre sainte soutient Urbain VI, qui l'appelle à Rome, où elle arrive en novembre 1376 et où elle meurt le 29 avril 1380.

Pour les détails, voir la Vie de Sainte Catherine, par la Drane du T. O. de S. D.- Traduite par M. l'abbé Caron, - éditée chez Lethielleux.

   

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